Nous vivons dans une culture centrée sur la lumière. Tout ce qui est sombre et mystérieux est craint, dévalué et artificiellement éclairé.

Notre obsession de la lumière, au sens propre comme au figuré, a créé une culture qui a peur de l’obscurité.

Alors que la conscience masculine solaire commençait à dominer, la sagesse lunaire devint suspecte. La sagesse féminine réprimée. Les bienfaits de la nuit et de l’obscurité ont été perdus. Mais sans ces bienfaits, nos jours, bien qu’éclairés, ne seraient jamais lumineux.

Et avec l’invention et la diffusion de l’électricité, nous pourrions facilement vivre une vie entière sans effleurer l’obscurité. Sans jamais accorder d’espace ou d’importance à la nuit, à l’autre moitié moins connue de notre existence.

Non seulement cette tendance contribue à l’anéantissement de nos écosystèmes et de notre propre santé physique immédiate – en éloignant des millions de bébés tortues de la pleine lune vers la mort, en désorientant la migration de nos populations d’oiseaux en déclin et en déréglant nos propres rythmes circadiens – mais elle nous éloigne aussi de nous-mêmes et de notre propre sagesse naturelle.

Avant notre peur de la nuit, la nuit était un moment de révérence, de calme et de paix. La sagesse d’être tout simplement était célébrée sous le ciel ébène, lorsque nos journées passées à faire avaient cessé. Et bien que nous ne puissions pas voir dans l’obscurité, celle-ci permet finalement d’y voir beaucoup plus clairement.

La nuit est un moment de communion avec le vaste inconnu. En contemplant le ciel étoilé, nous nous souvenons que nous faisons tous partie de quelque chose de bien plus grand, il nous rappelle à quel point nous sommes en même temps insignifiants et importants. Sans cette magie du ciel nocturne, maintenant si difficile à percevoir au travers de la lumière des néons, nous avons du mal à nous reconnecter à tout ce qui nous précède et à tout ce qui nous succédera après notre disparition.

La nuit est aussi un moment pour nous retrouver face à nous-mêmes et à la magie de nos mondes intérieurs. Dans le noir, nous ne pouvons pas compter sur nos distractions habituelles. Quand le monde qui nous entoure devient caché, il est plus difficile de se cacher de nous-mêmes. Faut-il donc s’étonner que l’insomnie soit endémique ? Après avoir négligé notre corps, nos peurs, nos blessures, nos rêves, nos souvenirs et nos désirs, tout au long de l’agitation de la journée – nous ne pouvons qu’être hantés par eux dans le calme de la nuit. Ne sachant pas comment être avec la nuit, nous ne savons plus comment être avec nous-mêmes. Et ne sachant plus comment être avec nous-mêmes, nous ne savons plus comment être avec la nuit.

La nuit est un moment de recueillement, un moment où l’on peut imaginer, rêver, danser, raconter des histoires, faire l’amour. Notre vue est diminuée. Nos autres sens sont en alerte. Les frontières entre soi-même et l’autre, l’âme et le corps, la psyché et le cosmos, ce monde et l’autre monde s’ouvrent, et un dialogue sensuel et envoûtant commence. Il n’est pas surprenant que 4 heures du matin soit appelée “l’heure mystique”, celle où moines et sages sortaient de leur sommeil pour venir s’asseoir dans cet espace où les esprits rêveurs et éveillés dansent ensemble, où Dieu apparaît.

La nuit est également le moment où nous devons ressentir et nous frayer un chemin au travers de nos mondes intérieurs et extérieurs. En apprenant à voir dans l’obscurité de cette manière nous aide à nous visualiser au travers des passages les plus sombres et les plus obscurs de la vie.

En s’apercevant qu’on ne peut pas compter sur ses moyens habituels de connaissance, de contrôle ou de défense, notre égo doit également capituler face à la nuit. La nuit est après tout une période de vulnérabilité et d’humilité. Dans l’obscurité, nous sommes enveloppés dans une couverture d’incertitude, d’ignorance. La douceur secrète du chaos aplanit nos contours, et l’ordre nous échappe. Mais lorsqu’il est honoré, la flexibilité créatrice de la nuit peut conduire à une réorganisation de l’aube. Le cycle de la mort et de la renaissance se révèlent, s’offrent à nous chaque jour et chaque nuit, nous invitant à les accepter ou à leur résister.

La lumière est nécessaire, il n’y a aucun doute. Il ne s’agit pas d’un appel à revenir à la façon dont les choses se passaient il y a tant d’années. Il s’agit plutôt d’un plaidoyer pour reconnaître les bienfaits du jour comme de la nuit. Utiliser la lumière de la conscience pour connaître et honorer de manière plus intime la sagesse de l’obscurité. Nous souvenir que nous ne pouvons rien apporter à la lumière qui ne soit d’abord passé par l’obscurité.

Quand la nuit arrive, soyez totalement avec elle.
Laissez-la vous montrer ce que vous ne pouvez pas voir à la lumière du jour.

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